Les Princes d’Ambre de Roger Zelazny : un univers qui fait rêver (5★)

Roger Zelazny avec ses Princes d’Ambre a créé un univers coloré et foisonnant, à la famille royale fascinante

« They were almost lifelike in appearance, the Greater Trumps ready to step right out through those glistening surfaces. The cards seemed quite cold to my touch, and it gave me a distinct pleasure to handle them. I had once a packet like this myself, I suddenly knew. »

Le premier Cycle des Princes d’Ambre est une plongée dans un monde merveilleux et imaginatif. Si vous aimez voyager dans de nouveaux lieux, accompagné de personnages uniques et intéressants, cette série est faite pour vous.

Il faudra juste tout de même accepter les quelques tournures étranges de l’intrigue, et un style qui a ses hauts et ses bas.

5/5

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Cycle des Princes d'Ambre de Roger Zelazny

Le Cycle des Princes d’Ambre est un classique de la Fantasy, offrant une descente dans un univers imaginatif

Il m’est difficile d’écrire une critique des Neufs Princes d’Ambre. C’est un livre que j’ai lu pour la première fois lorsque j’avais dix ans, et qui m’a profondément marquée. En m’y replongeant, je n’avais que quelques souvenirs, des images fortes et colorés. Un peu comme le Corwin amnésique du début.

Ma relecture m’a fait comprendre la fascination de mon moi fillette. Roger Zelazny a cette imagination puissante, un peu primitive j’oserais dire, qui manque parfois aux auteurs contemporains. Aujourd’hui, il me semble que l’on s’active parfois plus à créer une intrigue parfaite, une structure narrative qui coche toutes les cases, qu’à faire rêver. Avec le Cycle d’Ambre, c’est l’inverse.

Suivant un Corwin amnésique, on plonge rapidement dans un monde merveilleux. Ça commence par ce jeu de tarots froids, aux Atouts princiers. Puis ce sont des attaques par des ennemis étranges et à peine humains, un voyage à travers les Ombres, une course effrénée dans la forêt d’Arden, et enfin la vision d’Ambre, seule cité réelle. C’est la descente vers Rebma et ses eaux troubles, ce sont les Marelles de feu…

Des images frappantes, dont l’explication manque peut-être : mais qu’importe ? Ca marche, ça transporte, ça donne l’impression de rentrer dans un autre monde merveilleux. Rien que cette idée de ce jeu de Tarots où les Atouts sont les membres de la famille royale d’Ambre, que l’on peut contacter par contact… Je trouve tout cela très visuel et fertile.

Des personnages hauts en couleurs plongés dans une intrigue intéressante

Je ne sais pas si je suis complètement rationnelle, mais je trouve que Roger Zelazny a réussi à créer une galerie princière réussie. Chaque prince et princesse d’Ambre a sa particularité, et se distingue assez rapidement des autres. Même de ceux avec lesquels Corwin interragit peu tout au long de ces cinq tomes, on en ressort quand même avec une image assez forte (et on sait tout de suite ceux qu’on aime et ceux qu’on déteste…).

J’ai surtout adoré les interactions violentes entre ces frères et sœurs. Notamment cette manière dont tous ressentent ce respect mêlé de crainte (voire de haine) envers les uns les autres. Ou encore, ces alliances qui se construisent et se défont. Toutes ces histoires de famille carrément sanglante.

Mon seul regret (en tant que lectrice féminine), c’est quand même le fait que les princesses soient en retrait – une seule sort un peu du lot, mais pas avant le troisième tome. Rien de bloquant, mais je restais un peu sur ma faim.

J’ai quand même eu quelques soucis avec l’intrigue. A la fin, tout s’emboîte bien – qui a fait quoi pour quelles raisons – et tous les froncements de sourcils que j’avais eu lors de certaines explications du premier ou deuxième tome ont pu s’effacer. J’ai quand même cependant l’impression que Roger Zelazny a commencé sa saga sans trop savoir où il allait, et n’a réfléchi à la fin de l’histoire qu’à partir du troisième tome. Je tiens à dire qu’il retombe parfaitement bien sur ses pattes. Cependant, il faut quand même accepter de laisser passer les quelques incohérences des premiers tomes. Tout s’expliquera à la fin (quasiment).

Une écriture à la qualité inégale, mais qui ne ternit pas l’ensemble

Le seul vrai point négatif que je relèverai, est le style de Roger Zelazny. Tout d’abord, mon expérience a peut-être été teintée du fait que j’ai lu dans une édition papier en anglais avec beaucoup de fautes de frappes et d’erreurs de correction (clairement le texte a été mal scanné et n’a jamais été relu). Ainsi, je ne recommande pas cette édition.

L’écriture est simple et directe. Il y a parfois quelques éclats de poésie : la description de la descente vers Rebma me reste en tête, par exemple. A l’inverse, à d’autres moments, le style devient un peu trop parlé, donnant l’impression que Zelazny écrivait rapidement sans beaucoup se relire.

Ma relecture ayant été faite en anglais, je n’ai jamais trouvé cela gênant au point de m’interrompre. Je pense que les maladresses pourraient gêner encore plus en français. Une saga à tenter en anglais donc ! (voir ici pour des conseils sur commencer à lire en anglais)

Pour conclure, les faiblesses de la Saga (intrigue remaniée au fur et à mesure, style parfois maladroit) n’empêchent pas de se régaler de l’univers des Princes d’Ambre. J’ai adoré m’y replonger, et cela reste pour moi une série immanquable dans le genre.

Pour aller plus loin : conseils de lectures liées

Si vous aimez les séries où des frères et sœurs se déchirent pour le pouvoir, essayez la série de Brian Staveley qui commence avec The Emperor’s Blades. On y suit les trois enfants de l’Empereur après sa mort. Leurs relations ne sont pas autant à couteau tirés que celles de nos princes et princesses d’Ambre mais… Vous comprendrez en lisant. L’univers présente une théologie originale, ainsi que certains côtés très sombres… Un de mes coups de cœur de ces dernières années. La série ne semble pas avoir été encore traduite, donc peut-être est-ce l’occasion de vous lancer dans la lecture en anglais ?

Vous appréciez ces plongées dans des mondes alternatifs ?

  • Une lecture peut-être un peu plus jeunesse : D’un monde à l’autre de Pierre Bottero. Mais si les premiers tomes sont vraiment à destination ado, le style mature énormément dans le reste de la série. N’hésitez pas à faire ce Pas sur le côté qui vous plongera ailleurs.
  • Se retrouver entre la Terre et un autre monde, c’est aussi ce qui arrive dans Everworld de K. A. Applegate. Dans le tome 1 (A la recherche de Senna), quatre lycéens partent à la recherche de leur amie (est-ce vraiment leur amie ?) disparue dans le monde d’Everworld… tout en restant en partie coincés sur terre. Ce n’est peut-être pas de la grande littérature, mais j’ai adoré rencontrer des Aztèques ou des Dieux vikings. Dépaysement garanti.