Dragon Blood T1 d’Anthony Ryan : ennui désespéré (2★)

Le Sang du Dragon (T1 de Dragon Blood) d’Anthony Ryan, source d’une déception ennuyée

Le composé ingéré laissa sur sa langue un goût amer et mordant avant de dévaler sa gorge en feu, charriant dans son organisme une vague de sensations familières.

Anthony Ryan présente dans Le Sang du Dragon (Tome 1 de Dragon Blood) un monde original, rempli de dragons et de personnages censés être badass. Alors que tout y est pour plaire, les scènes d’action successives impliquant des personnages vides d’intérêt ne m’ont procuré qu’un ennui frustré. J’avais l’impression d’être dans le final du Hobbit 2, avec les batailles de plusieurs dizaines de minutes où ma lassitude n’attend qu’une chose : qu’on me dise qui a gagné.

2/5

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Le sang du dragon (Dragon Blood) de Anthony Ryan

Un livre avec du potentiel : le monde de Dragon Blood sort de l’ordinaire

Je partais avec un espoir fragile : le livre a été plutôt encensé par la critique et cumule des moyennes élevées sur Babelio et Goodreads. Mais surtout, Anthony Ryan a écrit Blood Song, une histoire sympathique où j’avais particulièrement apprécié le personnage principal. Le terrain était donc propice à une expérience de lecture agréable.

Et effectivement, je peux comprendre ce que d’autres ont apprécié dans ce livre : le monde construit présente une touche d’originalité agréable. Plutôt qu’un moyen-âge vaguement Européen, nous voici propulsé en pleins prémisses de la révolution industrielle (j’ai pu découvrir le nom de ce genre : Flintlock Fantasy). La vapeur et les hélices sont des énergies qui commencent à être maîtrisées et les grandes puissances récoltent les fruits de la colonisation. Évidemment, le tout est survolé par des dragons impressionnants, exploités comme du bétail pour leur sang magique. Mais le mieux, c’est cette domination du monde par les Corporations (traduit par « Syndicats »), utilisant l’idéologie capitaliste pour politique. L’idée n’est pas étrangère à la science-fiction, mais c’est plutôt sympathique à lire dans un contexte de Fantasy.

La magie a l’air d’avoir intéressé les lecteurs : par l’ingestion du sang de dragon, certains individus (blood-blessed – sang-bénis) récupèrent des pouvoirs spéciaux (télépathie, endurance, télékinésie, etc). Je ne sais pas si ce sont mes lectures de Brandon Sanderson qui m’ont blasée, mais je n’ai pas trouvé ce système de magie particulièrement original ou captivant. Ok, y’a tout le côté « on exploite des animaux pour nos pouvoirs et nous provoquons alors la disparition de cette ressource » qui peut poser des questions intéressantes, j’imagine. Enfin, peut-être suis-je d’une génération désabusée, mais ces questionnements environnementaux sont loin d’être nouveaux et Le Sang du Dragon n’apporte pas de perspective novatrice sur le sujet.

Dragon Blood ne permet pas une immersion complète

Ça a presque marché pour moi. Le prologue, écrit comme un rapport à un conseil d’administration (bon, en réalité, un tel document n’aurait pas du tout le style ampoulé ici présenté, mais pourquoi pas), expose une première image assez frappante d’un monde tournant autour des dragons.

Pourtant, les bons éléments du début disparaissent rapidement. Anthony Ryan nous fait plonger directement dans son univers, sans pavés explicatifs (info-dumping). En soi, c’est plutôt bien. Le problème, c’est que ça manquait quand même d’un minimum d’explication : on ne comprend pas grand chose aux équilibres des forces politiques. J’étais peut-être de mauvaise volonté, mais entre qui est le colonisateur de qui, qui est en guerre contre qui, j’ai rapidement lâché l’affaire.

Le style en lui-même, sec et exempt de fioriture, n’aide pas. Une écriture minimaliste n’est pas un problème en soi, mais ajouté à des explications réduites à leur minimum et à une absence de description et d’émotions dans le texte, il est difficile de s’immerger dans le monde de Dragon Blood.

En plus, le livre n’est qu’une succession de courtes scènes d’actions. Les conflits y sont artificiels : « oh non cette ville inconnue au lecteur et sans intérêt est attaquée, mince ». Puisque les personnages se promènent dans des lieux inintéressants et rencontrent des gens mal présentés, la connexion émotionnelle ne se fait pas, et le danger couru m’a continuellement laissée de marbre.

Des personnages sans aucun intérêt

Oui, parlons de ces personnages mous, invisibles et incapables de créer une quelconque intimité émotionnelle avec le lecteur (enfin du moins avec moi, mais j’ai trouvé d’autres critiques qui semblaient avoir vécu le même traumatisme (oui, c’est un traumatisme)).

Le livre suit le périple de trois personnages principaux : Lizanne l’espionne, Clay le voleur et Hilemore le marin.

J’ai eu de l’espoir pour Lizanne, vraiment. J’aimais bien suivre son enquête, tant qu’elle avait ce but clairement défini de récupérer un artefact important. L’ensemble était narrativement intéressant, puisque rapidement arrive un conflit entre son envie de réussir sa mission, et l’attachement involontaire qu’elle développe avec un autre personnage dans le cadre de sa couverture. C’est ça, qui créé un lien affectif avec le personnage : que va-t-elle décider ? Que ferions-nous à sa place ? Puis, dès que ce passage fut résolu… plus rien. J’ai lentement perdu mon intérêt. Peut-être que si le livre n’avait été qu’à propos de Lizanne je me serais accrochée, mais mon attention était trop émoussée par le vide intersidéral des deux autres personnages.

Clay est censé être un sang-béni un peu criminel et expérimenté, habitué à se cacher des autorités. Pourtant, je n’ai rien vu de ça. Clay agissait comme un adolescent sans personnalité. Il ne me semblait n’exister que pour retranscrire les évènements dans cette partie du monde (ironique, puisque c’est effectivement son rôle dans l’histoire). Pire encore, il subit la quasi totalité des évènements de l’histoire. Son oncle, lui, aurait pu être un personnage intéressant : plein d’ambiguïté et devant prendre des décisions parfois difficiles. Mais Anthony Ryan nous laisse nous contenter de l’adolescent sans saveur.

Ah, oui, il y a aussi Hilemore. J’ai failli l’oublier, car il n’apporte strictement rien à l’histoire. Sérieux, si ses chapitres vous ennuient, vous pouvez les zapper entièrement sans ne rien perdre de l’intrigue de Dragon Blood. De la même manière que pour la partie concernant Clay, j’ai trouvé qu’un des personnages secondaires, Zenida Okanas, aurait présenté bien plus de potentiel dramatique… Dommage.

Donc non, c’est une lecture dont je me serais passée.

 

Le Sang du Dragon Anthony Ryan (Tome 1 Dragon Blood)
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Pour aller plus loin

Le Sang du Dragon vous avait intéressé car vous adorez les dragons et tout ce qui s’en suit ? Allez jeter un œil à Robin Hobb et ses livres sur la Cité des Anciens. Sinon, il reste encore la classique et merveilleuse série des Dragons de Pern de Anne McCaffrey.

Cette histoire de magie liée à un composant qu’on ingère vous a bien plu ? Allez approfondir tout ça avec la saga des Fils des Brumes de Brandon Sanderson. Vin fait une bien meilleure Clay, vous verrez.

L’alliance pouvoirs magiques dans un contexte de révolution industrielle est le cocktail parfait pour vous ? Django Wexler et La Campagne des Ombres ne pourra que vous convaincre avec sa saga Napoléonienne améliorée. Dans le même genre, avec des dragons en plus, il y a aussi Téméraire de Naomi Novik (que je n’ai pas lu mais dont j’ai entendu des critiques positives).