La Geste du Sixième Royaume de Adrien Tomas : trop de personnages (2★)

La Geste du Sixième Royaume d’Adrien Tomas se base sur un concept prometteur, noyé par une multitude de personnages qui m’ont empêché de m’investir émotionnellement

« Au début, le barde avait écouté la gamine avec une politesse agacée, sachant qu’il ne pourrait pas y couper. Puis, à mesure que la petite voix narrait l’histoire, ses yeux s’étaient entrouverts et il avait écouté, captivé, bouche bée, la petite fille lui raconter la malédiction de la Sorcière des Âges.  »

J’ai voulu y croire : l’idée de base de La Geste du Sixième Royaume m’apparaissait prometteuse (deux Dieux combattant par l’intermédiaire de cinq Hérauts chacun). Cependant, les chapitres sont écrits du point de vue de beaucoup trop de personnages (26 au total), empêchant de s’attacher et de suivre l’évolution de tous. Cela a rapidement gâché mon immersion de manière irrémédiable.

2/5

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Adrien Tomas a bien mené son concept de base, qui accroche lors des premières pages

J’ai eu de l’espoir, vraiment, ayant bien adhéré au premières pages du roman. L’intrigue promettait en effet d’être intéressante : deux espèces de Dieux s’affrontent indirectement, devant respecter des Règles immuables. L’une d’entre elles leur impose de combattre par le biais de cinq Héraults chacun, auxquels des Dons particuliers sont donnés.

J’ai apprécié de découvrir les dix Héraults, leurs pouvoirs, leur personnalité. L’opposition entre ces deux « équipes » me donnait envie d’assister à leur affrontement et la manière dont chacun se débrouillerait. D’autant plus que la plupart promettaient d’être des personnages intéressants.

En outre, le fait que nous ne soyions pas dans une guerre du bien contre le mal, mais de la Nature contre le Progrès accentuait mon intérêt. Tout commençait bien… mais j’ai vite déchanté.

Beaucoup de personnages. Trop de personnages.

L’auteur ne cesse d’introduire des chapitres avec le point de vue de nouveaux personnages. Vraiment. Jusqu’à la toute fin. C’est. Insupportable.

Posons les choses : nous sommes dans un one-shot de 600 pages. On a déjà DIX personnages principaux (les dix Héraults). Ce qui nous laisserait déjà avec une moyenne de 60 pages chacun, ce qui est relativement peu. Il faut en effet que ça nous permette de s’attacher à chacun d’entre eux, tout en leur laissant aussi le temps d’apprendre et d’évoluer. C’est bien pour ça que les romans se contentent généralement d’une poignée de personnages principaux (et n’est pas GRR Martin qui veut).

Alors que dans La Geste du Sixième Royaume… J’ai compté pas moins de SEIZE personnages supplémentaires qui font l’objet d’au moins un chapitre de leur point de vue. En plus des dix Héraults. L’un de ces seize fait d’ailleurs l’objet d’un chapitre pour la première fois vingt pages avant la fin. Non. Juste, non.

Ma critique dans tout ça, c’est que l’intrigue principale (la guerre entre ces dix Héraults) est un peu noyée dans les actions et les combats de ces 16 autres personnages. Tous les moments un peu émotionnels des Héraults sont gâchés par le fait que, bah, ça fait 50 pages qu’on ne les a pas vus. Il semblait en effet plus important d’avoir la vision des choses de BiduleTruc, personnage plus que secondaire, dont l’intérêt est carrément mineur.

Et puis, perso, passé le premier quart d’un roman, il m’est très difficile de créer un lien avec les nouveaux personnages introduits. J’ai donc été noyée dans cette multitude : ne pouvant tous les apprécier, j’ai fini par me foutre de tous. Alors j’ai lu en diagonale la fin de La Geste du Sixième Royaume sans une once d’intérêt.

L’édition de La Geste du Sixième Royaume me semble avoir manqué de rigueur

Pour couronner le tout… Je me suis demandée à plusieurs reprise si quelqu’un avait relu l’épreuve finale avant l’impression. Il restait beaucoup de répétitions, et des erreurs typographiques agaçantes. Illustration :

Il ne cessait de la harceler de questions sur le mystérieux pouvoir qui l’avait forcé à la rejoindre. Maev avait grandement regretté de ne plus avoir son Pouvoir en cet instant, ne serait-ce que pour pouvoir remettre l’homme à sa place.

Les répétitions me font vraiment sortir de ma lecture : beaucoup trop de « pouvoir » dans cet exemple. C’est normal qu’un auteur qui écrive un bouquin de cette taille en laisse passer, évidemment. Par contre c’est justement le job des éditeurs, de relire les romans qu’ils publient…

Pour aller plus loin : lectures similaires à La Geste du Sixième Royaume

Vous voulez un affrontement épique entre deux puissances (qui ne personnalisent pas le bien et le mal), avec des points de vue multiples ? La Voie des Rois de Brandon Sanderson est franchement ce qu’il vous faut. Limité à un peu moins de points de vue, La Messagère du Ciel de Lionel Davoust est basée sur le même concept de Hérauts (et Mérianne est carrément plus cool).

Aussi, vous avez apprécié que la Nature ne soit pas forcément le Bien ? Allez encore plus loin avec La Cinquième Saison de N.K. Jemisin, ou la Terre est un père haineux…