Kings of the Wyld de Nicholas Eames a manqué sa cible (2★)

Malgré des qualités certaines, Kings of the Wyld présente un humour trop présent à mon goût, gâchant l’immersion dans l’histoire

« – (…) And then came the cyclops.
« Cyclops? »
Gabriel looked at him askance. « Big bastards, one huge eyes here on their head? »
Clay leveled a glare of his own. « I know what a cyclops is, asshole. »
« Then why did you ask ? »
« I didn’t… » Clay flatered. « Never mind. What about the cyclops ? »

Je comprends l’attrait et les qualités narratives de Kings of the Wyld : mais l’humour parodique de Nicholas Eames n’a pas du tout fonctionné avec moi. Cela a été une véritable barrière m’empêchant de rentrer dans l’histoire et de m’attacher aux personnages.

Cependant, j’ai conscience que c’est une critique très personnelle, et qu’au contraire, ce type d’humour, centré sur les clichés du genre, en séduira certains.

2/5

()

kings of the wyld de Nicholas Eames

Des qualités narratives certaines accompagnées par un style fluide et intéressant

Ça me fait mal, de ne pas avoir réussi à rentrer dans Kings of the Wyld. Car je vois très bien ce qui est réussi dans ce livre. Le style est fluide, réussissant à aller droit au but dans les scènes d’action, tout en révélant des moments de poésie dans certains monologues intérieurs. Attention : le vocabulaire est parfois soutenu, ce qui n’en fait pas une lecture idéale pour un débutant en anglais (des idées pour commencer en anglais sont présentes dans cet article).

La construction de l’intrigue et des personnages aussi est réussie. C’est l’histoire d’un groupe d’aventurier à la retraite, qui se reforme afin d’aller sauver la fille de l’un d’entre eux, prisonnière d’une ville assiégée. Le début est centré sur cette reconstitution du groupe : il faut aller chercher chacun des anciens membres, certains dans des situations peu commodes.

Ainsi, le fil narratif est facile à suivre. Il nous permet aussi de découvrir la personnalité de ces aventuriers, présentant pour chacun une facette d’ombre qui complexifie leur psychologie. C’est bien fait, je ne peux le nier.

Kings of the Wyld est un roman principalement humoristique : c’est cette surprise qui m’a déçue

J’avais lu quelques critiques avant de me lancer dans ma lecture. J’avais bien compris qu’il y avait une certaine dose d’humour (compréhensible ne serait-ce que dans le synopsis : on parle bien d’aventuriers à la retraite et de parallèles avec des groupes de rock).

Cependant, j’avais surtout été attirée par le label Grimdark. La fantasy Grimdark, c’est, pour citer wikipédia : un sous-genre de fantasy décrivant un ton, style ou contexte particulièrement dystopique, amoral ou violent. Donc, voilà, c’est censé comprendre des livres à l’atmosphère a minima un peu sombre, quoi.

Or, Kings of the Wyld n’est pas du tout un roman à l’atmosphère sombre. Les situations comiques s’enchaînent tout au long du bouquin : comique de situations, échanges de bons mots entre les personnages, comiques de genre se moquant des clichés de la fantasySuffisamment pour rendre à mon goût la lecture très légère. Ce qui n’est pas en soi un problème : mais je ne m’y attendais pas, et cela a en partie gâché mon plaisir de lecture.

Un roman peut-être trop humoristique ?

En plus de cette mauvaise surprise, c’est surtout que j’ai trouvé que l’humour empêchait les forces du livre de réellement se déployer.

En effet, le côté stéréotypé de certains personnages, si volontaire pour faire rire, est parfois un peu lourd. Il leur donne une texture parfois un peu factice. Un exemple : assez tôt on rencontre un magicien un peu fou au chapeau pointu parsemé d’étoiles, qui fait plein de bêtises (pensez Mickey Mouse apprenti sorcier). Ok je comprends que ça peut être marrant. Mais perso, j’étais juste agacée.

Enfin, les blagues lancées régulièrement par les personnages cassent complètement le côté dramatique de certaines scènes. Notamment, on a parfois des échanges de vannes entre les aventuriers et le Grand Méchant Surpuissant censé les haïr. Cela n’a aucun sens. Et encore une fois je veux bien que ces échanges soient particulièrement drôles, mais ça ne faisait que de me faire sortir de mon immersion.

Pour aller plus loin : conseils de lecture liés

Si vous recherchez des livres de fantasy humoristiques, je vous conseille plutôt Les Poisons de Katharz de l’auteure francophone Audrey Alwett. C’est un livre rafraîchissant et bien écrit, et l’humour ne tient pas qu’à la parodie (comme c’est souvent le cas en fantasy – et comme c’est parfois un peu trop le cas pour moi dans Kings of the Wyld).

Si c’est plutôt le côté Grimdark qui vous a attiré, essayez La compagnie noire de Glen Cook, un classique du genre qui présente aussi une bande de mercenaire. Le ton est beaucoup moins léger pour le coup.