La Fille-Sortilège de Marie Pavlenko : lecture agréable (3★)

La Fille-Sortilège constitue une histoire facile à lire et prenante, avec des personnages intéressants, manquant toutefois d’une certaine profondeur

« Si je me lève et que je me penche par-dessus la rampe de bois qui entoure le toit, je distingue tout en bas la foule qui se presse, des enfants qui courent, des mutilés qui rampent, un corps gonflé oublié dans un coin. Et plus loin – parce que l’husta fait cinq étages et qu’elle est l’une des plus hautes du quartier orkla sud -, les auberges réservées aux marchants ou leurs tentes dressées à la limite de la Cité des Six, et les premières hustas du Clan des Sourciers. Là-bas, le soleil se reflète dans les cascades et les enfants rient. »

Je conseille La Fille-Sortilège à qui cherche une lecture facile mais prenante. L’écriture de Marie Pavlenko, fluide et directe, emporte le lecteur le long d’une intrigue efficace. On y rencontre des personnages intéressants et assez complexes pour le genre, qui marquent facilement l’esprit.

Toutefois, j’ai ressenti l’absence d’un quelque chose qui placerait ce roman au dessus de la foule d’autres histoires similaires. L’univers de La Fille-Sortilège aura manqué à mon goût d’un peu de subtilité et de réalisme, et ses thèmes de réflexion.

3/5

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La Fille-Sortilège est une lecture agréable qui permet une immersion facile

Ce que j’ai tout de suite apprécié, et ce qui m’a fait choisir La Fille-Sortilège, c’est le style de Marie Pavlenko. Les phrases, simples et directes, décrivent avec facilité les actions de l’histoire, permettant de s’y laisser porter sans problème. Le prologue consiste en une scène d’action compacte, décrivant aisément le stress et la peur de l’héroïne, tout en laissant planer la dose suffisante de mystère (qui est-elle ? pourquoi déterre-t-elle des cadavres ? que lui est-il arrivée ?) pour que le lecteur soit entraîné rapidement dans l’histoire.

Constatez par vous-même, avec cet extrait de la première page, le côté âpre et appelant à l’émotion que l’écriture arrive à simplement invoquer :

« La vapeur sort de mon nez et humidifie l’intérieur de mon écharpe. Je me force à respirer lentement. Mon cœur s’affole toujours au moment de franchir l’étendue déserte qui sépare les deux Murs. C’est là que je suis vulnérable, là qu’ils peuvent me voir malgré l’obscurité. »

De même que le style, l’intrigue est simple mais efficace. Les problèmes auxquels doit faire face Érine, l’héroïne, s’accumulent, et on la suit sans difficulté essayer de se dépatouiller de tout ça. Tout en voulant en savoir plus sur elle et son histoire. Rien de particulièrement original ou extraordinairement construit, mais je n’ai ressenti aucun temps mort, du début à la fin.

De ce fait, La Fille-Sortilège est un roman qu’on lit d’une traite. Encore mieux : la version poche est petite et légère, ce qui en fait une lecture de plage ou de vacances parfaite.

Marie Pavlenko créé des personnages qui sortent de l’ordinaire

Mais ce que j’ai préféré, ce sont surtout les personnages de l’histoire. Bien qu’Érine soit une héroïne de Fantasy un peu classique (jeune fille indépendante qui est devenue forte à la suite de beaucoup d’épreuves), les personnages secondaires font tout le sel du roman.

Je pense surtout à Arkadi : jeune adolescent gouailleur à la main atrophié, il m’a marqué avec son mélange de sérieux et d’humour. Autre fait intéressant : il est plutôt rare de voir des personnages handicapés physiques en Fantasy. Et ce, d’autant plus lorsque ceux-ci le portent avec cet esprit positif et battant. Malcor aussi, m’a bien fascinée : la relation qu’il entretenait avec Érine m’a surprise par sa complexité. Naria aussi est bien réussie, dans son ambiguïté de fille riche égocentrique mais voulant faire le bien. Même les personnages qui apparaissent peu (Diulé – que je n’arrêtais pas de lire « diluée » à mon grand désespoir) présentent une personnalité propre.

Ce sont ces personnages plus complexes que d’apparence qui ont donné cette petite étincelle au roman. C’est d’eux dont je me souviendrais, quand j’aurais oublié tout le reste concernant l’intrigue et du monde.

L’univers n’a pas vraiment réussi à me convaincre

Donc oui, pour résumé : c’était une lecture agréable, que je ne regrette pas. Mais il manquait quelque chose.

On partait d’un principe intéressant (sans trop spoiler, c’est sur le thème de la finitude des ressources) et même assez d’actualité… et pourtant, j’ai été déçue du traitement de l’idée. La fin a manqué de réflexions à ce propos, de solutions alternatives aux deux choix pris par les « méchants » et les « gentils ». Je n’en dis pas plus pour vous laisser découvrir.

L’univers en lui-même, facile à comprendre, manquait un peu de subtilité. La géographie de la cité est séparée en Six Clans, selon leurs spécialités (eau, nourriture, animaux, combat…). Ce qui n’était pas sans rappeler les 12 districts d’Hunger Games. C’est peut-être personnel, mais je n’ai jamais beaucoup aimé ces types d’organisations économiques, qui me paraissent artificielles et un peu faciles.

De la même manière, j’ai eu un peu de mal avec cette ségrégation des Hors-Clan (dits « orkla »). Le traitement m’en a semblé un poil trop manichéen. La lecture donne en effet l’impression que tous les Orklas sont pauvres et malheureux et que tous les membres des Clans sont riches et bien portants. Or, des comparaisons avec des situations historiques (métèques à Athènes, nobles d’Ancien Régime…) m’ont fait regretter l’absence d’un peu plus de complexité et de nuances de gris. Cela n’aurait pu qu’enrichir l’histoire.

J’ai conscience que le livre est petit, et que sa taille ne permet évidemment pas une description fine du fonctionnement économique et sociologique de l’univers. Mais ce sont quand même des éléments qui m’ont gênée, empêchant pour moi ce livre d’être plus qu’une lecture d’été agréable. Je ne peux pas me défaire de l’idée qu’avec un petit truc en plus, cette lecture aurait pu être géniale.

La Fille-Sortilège de Marie Pavlenko
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Pour aller plus loin : conseils de lecture liées

Cela vous plaît, ce thème de la jeune fille misérable qui vit chez les rebuts, mais dont le destin réserve des surprises ? Essayez donc L’Empire ultime (tome 1 de Fils-des-brumes) de Brandon Sanderson. Vous ne pourrez que tomber amoureux de Vin, l’héroïne, et de sa vie d’abord pitoyable sous les pluies de cendre de Luthadel. De même, Aléa l’orpheline dans La Moïra de Henri Loevenbruck pourrait vous intéresser

Si vous êtes intéressés par les personnages présentant des handicaps physiques, essayez Le feu de la Sor’ciere de James Clemens. L’un des personnages secondaires importants vous fascinera…

Enfin, si vous cherchez un livre de Fantasy sympathique à lire, sans suite à rallonge, avec une héroïne apprenant la magie… Warbreaker de Brandon Sanderson pourrait être une bonne surprise !