La Voie des Rois de Brandon Sanderson : épopée formidable (5★)

Brandon Sanderson livre dans La Voie des Rois (tome 1 des Archives de Roshar) les prémices d’un récit résolument épique, dont les Héros complexes évoluent dans un univers imaginatif et détaillé

« Szeth inspira profondément et absorba la Fulgiflamme. Elle se déversa en lui, puisée dans les lampes de saphir jumelles aux murs, comme aspirée par sa profonde inhalation. La Fulgiflamme se déchaîna en lui et le couloir s’assombrit soudain, plongé dans l’ombre comme le sommet d’une colline qu’un nuage passager prive de soleil. »

Imaginez un monde complètement différent, balayé trop régulièrement par des tempêtes féroces. Imaginez des peuples complexes, avec leurs cultures propres, sous la menace d’un mal qui se réveille. Imaginez des héros brisés, qui n’ont pas la puissance suffisante – celle de temps anciens disparus – pour arrêter leurs adversaires à la solde du Dieu ennemi.

Et plus encore : une dessinatrice aux secrets déchirants, un soldat en pleine descente aux enfers, un Seigneur à l’ambition ambivalente au bord de la folie, une magie sur le retour, la fin du monde.

Voici La Voie des Rois. Et j’en oublie. C’est une aventure dont vous ne ressortirez pas indemne, je vous préviens tout de suite.

5/5

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La Voie des Rois Brandon Sanderson

Attention : cette critique concerne le tome 1 en entier, qui a été divisé en deux dans certaines éditions

La Voie des Rois est la définition même d’un roman épique

Un récit épique, c’est un récit qui appartient au domaine de l’épopée. Allez, c’est nécessaire, revenons aux sources avec une bonne définition:

Long poème ou vaste récit en prose au style soutenu qui exalte un grand sentiment collectif souvent à travers les exploits d’un héros historique ou légendaire

Je l’admets : le premier but de cette critique, ça va être de prouver que La Voie des Rois est exactement dans ce registre épique, avec tout ce que cela implique pour le lecture (sueurs froides, larmes, admiration, sang – enfin, peut-être pas le sang quand même).

Nous assistons ni plus ni moins qu’à la naissance de héros légendaires

Notre épopée, ici, elle repose sur des héros légendaires. Enfin, dans ce tome, à leur naissance.

Nous suivons un trio de personnages principaux, Kaladin, Shallan et Dalinar. Ce que j’adore, chez Brandon Sanderson, c’est que justement, il fait commencer ses héros au plus bas. Kaladin est dépressif, Shallan frôle certains abîmes personnels et familiaux, et Dalinar se demande s’il n’est pas consommé par la folie. Rien d’épique, me direz-vous.

Mais si. Justement, ce qui est satisfaisant, c’est leur courbe de progression. C’est la transformation de personnages d’abord sans particularité, si ce n’est certaines failles personnelles, à des êtres d’exception.

C’est exactement comme avec Fils-des-Brumes, où Vin commence comme enfant des rues malingres et effacée, et termine comme héroïne ultra badass qui fait tous ces trucs trop cool que je ne peux évoquer sans spoiler. Il y a cette satisfaction de réellement voir la création de héros au sens primitif du terme, et on en sent le début dans La Voie des Rois.

Et attention, Les Archives de Roshar s’annonce être une série à cinq volumes. Donc il est possible que certains trouvent le début un peu longuet, car Brandon Sanderson prend un peu plus son temps, comparé à ses autres séries. Personnellement ça ne m’a pas dérangé (alors que j’ai l’habitude d’abandonner facilement des bouquins s’ils me font ne serait-ce que légèrement chier), mais ça pourrait agacer certains. Accrochez-vous, s’il vous plait, vous ne le regretterez pas (enfin j’espère pas !).

Voyez ces prémices de ce « grand sentiment collectif » !

Mais surtout, La Voie des Rois est une épopée par ce grand sentiment que ce livre fantastique fait ressentir.

Nos héros sont en pleine germination : ils sont encore fragiles, à peine prenant connaissance de leurs pouvoirs. Et pourtant, des forces terribles menacent de s’abattre sur eux.

Je trouve que Brandon Sanderson arrive à créer une pléthore de situations qui parlent à tous. Trahisons, dilemme moraux… La Voie des Rois en est rempli. Rien que la question de croire Adolin ou Dalinar m’a tenue jusqu’à la fin. Et justement, le dénouement de certaines de ces situations est parfois fort en émotion…

Préparez-vous à une immersion magique dans Roshar

Je ne peux pas faire une critique de La Voie des Rois sans parler de l’univers créé.

Un monde détaillé et vivant, sans tomber dans l’excès

Le monde de Roshar est balayé par des tempêtes continuelles, et la vie comme les peuples s’y sont adaptés. On sent quand même que Brandon Sanderson a une formation de biologiste, car il a l’air de s’être éclaté à créer des formes de vie différentes, ressemblant plutôt aux insectes qu’à nos mamifères terriens.

Le défaut de certains livres de Fantasy, ça peut être l’étouffement, le fait que l’auteur en balance tellement qu’il perd ses pauvres lecteurs en pleine indigestion de néologismes. Justement je trouve que dans La Voie des Rois, Brandon Sanderson a réussi à rester soft. On découvre Roshar au fur et à mesure des déplacements des personnages ; toujours suffisemment de détails pour comprendre l’histoire, sans aller au gavage d’informations. L’équilibre est agréable.

Aussi, pour ceux qui sont du genre lecteurs attentifs (contrairement à moi)… Il y a énormément de détails apparemment sans importance qui ensuite prennent tout leur sens bien plus tard. Paradis des enquêteurs en herbe !

Le système de magie est merveilleux dans les deux sens du terme

J’adore la magie de La Voie des Rois. On retrouve la patte de Brandon Sanderson, qui créé des sytèmes magiques complexes et logiques. Mais surtout, elle a ce côté qui émerveille, mêlé d’une touche de mystère : comment fonctionne-t-elle ? On enquête avec les héros.

Sans spoiler (car finalement, la découverte de pouvoirs perdus est un des thèmes principaux du roman), vous ne pourrez pas ne pas vous demander quel type de pouvoir vous auriez reçu. Un peu comme lorsqu’on s’interroge, enfant (ou adulte même !), dans quelle maison de Poudlard on aurait été envoyé.

Brandon Sanderson a travaillé sur ses faiblesses, faisant de La Voie des Rois son roman le plus abouti

Bon voilà, avouons-le, on ne lit pas Brandon Sanderson pour un orgasme poétique. Son style est généralement assez faible, souvent juste transparent, et parfois un peu cringy (bien que je trouve la traductrice Mélanie Fazi très bonne). C’est pour cela que je conseille de lire Brandon Sanderson en anglais (retrouver des conseils pour aborder les lectures de livres en anglais).

Mais justement, je trouve que dans La Voie des Rois, Brandon Sanderson s’est un peu amélioré. J’y ai trouvé moins de dialogues un peu faux, et l’ensemble se lit vite et sans à-coups.

Et ça continue de s’améliorer au fur et à mesure de la série (ceux qui ont lu Oathbringer, faut vraiment qu’on en parle, je ne me remets toujours pas de l’atmosphère excellemment bien rendue d’une des parties du livre).

Donc si vous êtes un peu difficile avec le style, tentez en anglais. Mais c’est clairement la série de Brandon Sanderson la plus aboutie. En fait, je pense même que dans 50 ans Les Archives de Roshar sera considérée comme son chef d’oeuvre (oui, carrément, je n’ai pas peur des mots). Donc : foncez.

Quel lecteur aimera La Voie des Rois ?

Vous voulez des séries longues, qui vous prennent aux tripes et vous emmènent dans des événements épiques ? Vous n’avez pas peur de rentrer dans un monde complexe avec pleins de détails ? La Voie des Rois est pour vous.

Par contre, si vous n’avez pas envie de vous investir, passez votre chemin.

Pour aller plus loin : lectures similaires à La Voie des Rois

Pour ceux qui sont curieux de Brandon Sanderson mais qui n’ont pas encore la motivation pour se lancer dans une série prévoyant a minima cinq tomes (mais ne vous inquiétez pas, pas de problèmes à la GRRM sous le soleil, notre Brandon est prolifique et tient ses deadlines) ? Warbreaker devrait vous intéresser : c’est un stand-alone rapide (enfin, 600 pages quand même) mais à l’intrigue prenante.

Kaladin, Shallan, Dalinar… ils ont un passif assez lourd, avouons-le. Si vous aimez les personnages torturés : vous ne serez pas déçus avec Essun dans La cinquième saison de N.K. Jemisin. Pleine des cicatrices d’un monde qui a rejeté les gens comme elle, elle en créé une force de caratère impresionnante (et même un côté carrément flippant). Ne passez pas non plus à côté de Lada dans And I Darken (Dracula en féminin en Young Adult) ni de Drizzt dans Terre Natale (elfe noir à l’âme bonne et torturée, classique de Fantasy).

Pour des séries tout bonnement épiques, je ne peux que vous conseiller mon coup de coeur de ces dernières années : The Emperors Blades de Biran Staveley. Dans le même genre que La Voie des Rois, bien que peut-être pas aussi bien maîtrisé, on suit un trio de personnage qui partent ordinaires et vont atteindre des sommets.

J’en profite aussi pour recommander une autre de mes révélations adorées : Worm. Ca ne paie pas de mine, une web-série sur des superhéros, mais vraiment, on est entièrement dans l’épique. J’ai littéralement passé un mois entier à ne vivre que pour lire cette série. Essayez.

En français, je sens que La Messagère du Ciel de Lionel Davoust atteindra des proportions épiques lorsque la série sera terminée (bien que le deuxième tome m’ait un peu déçue…).