Le Verrou du Fleuve de Lionel Davoust : un siège lent (3★)

Lionel Davoust, dans Le Verrou du Fleuve, décrit de manière maîtrisée une guerre désespérée, sans que l’intrigue n’avance réellement

« Car ce qui grouillait là-bas n’appartenait pas au monde. Il s’agissait de démons, d’abominations hideusement altérées, contre-nature, engendrées par les Anomalies arcaniques qui gangrenaient les zones instables du royaume. (…) Une folie qui, à présent, menaçait de les déborder, les submerger et les massacrer jusqu’au dernier – ou pire encore, les soumettre à ses arts abominables afin de les refaçonner à son image. »

C’est avec beaucoup d’attentes, ayant adoré La Messagère du Ciel, que je me suis plongée dans Le Verrou du Fleuve. Et je ne peux pas dire que je n’ai pas apprécié : le côté post-apocalyptique ressort de plus en plus et les descriptions de la guerre frappent par leur maîtrise et l’atmosphère de désespoir retranscrite. Cependant… j’ai été quand même été déçue, Léopol et Chunsène ayant été relégués au second plan, et la fin du livre m’ayant laissé un arrière-goût d’inachevé.

C’est après beaucoup d’hésitation que j’ai décidé de mettre 3, la déception l’emportant sur les réels bons côtés ; mais je lirai la suite avec espoir.

3/5

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Le Verrou du Fleuve de Lionel Davoust

Le Monde des Dieux Sauvages s’assombrit

Alors, certes, La Messagère du Ciel ne présentait pas un univers de bisounours. Mais j’ai trouvé que l’angoisse de la probable fin du monde était encore mieux retranscrit dans Le Verrou du Fleuve.

La cité de Loered est assiégée par les hordes démoniaques, et l’on peut presque sentir l’humidité pourrissante qui accable ses habitants ainsi que la fraîcheur désagréable de la pluie continue. J’ai trouvé l’atmosphère particulièrement bien rendue, m’ayant laissé une image très nette de cette forteresse aux murs immenses, piégée sous des nuages lourds et gris, avec, à sa limite, l’Éternel Crépuscule.

De même, les descriptions des combats sont efficaces, sans longueur et allant à l’essentiel. La retranscription de leur violence et de l’horreur des démons combattus a très bien fonctionnée avec moi. J’ai vraiment cru à ce siège de fin du monde.

Si Mériane m’a régalée, Léopol et Chunsène m’ont fait défaut

Mon adorée Mériane a gardé son caractère de cochon, tout en continuant d’évoluer pour le meilleur tout au long du livre. Je continue d’apprécier ses colères et ses échanges parfois musclés avec Wer. Les moments où elle doit défendre sa légitimité faisaient bouillir mon sang ; j’avais envie de frapper quelques crânes en criant « mais si c’est le véritable Hérault bougre d’idiot !« . Mériane progresse tout au long de l’histoire, devenant réellement ce prophète qu’elle n’était pas destinée à être.

Hélas, j’ai été un peu déçue du reste. D’abord Léopol est passé complètement au second plan, en contradiction avec le premier tome où il présentait l’un des arcs les plus satisfaisants que j’ai lu dernièrement en fantasy. Enfin, en théorie, il est toujours là, continuellement aux côtés de Mériane. En pratique, à part être son ombre, il ne fait pas grand chose et n’apporte pas autant en termes dramatiques que dans le livre précédent… J’avais tellement d’espoir pour lui ! Dans le même genre, Chunsène et Néhyr, un duo qui m’a complètement séduite, ne font qu’une apparition tardive. Je voulais en lire plus sur elles, pourtant.

Alors que le reste… Il y a trop de nouveaux (ou presque) personnages qui sont introduits. Comment s’attacher ou s’intéresser à leur histoire dans ces conditions ? Ou encore, ce duc de Loered là, Thormund, qu’on voit une ou deux fois dans le tome précédent et qui passe au premier plan dans Le Verrou du Fleuve. Je ne lui vois aucun intérêt. Enfin, j’imagine qu’il est là pour nous retranscrire certains évènements de Loered lorsque Mériane n’est pas là pour les raconter… Mais l’impératif de témoignage est-il suffisant pour justifier l’existence d’un personnage ? Il aurait pu être fusionné avec Maragal le chronète, un espèce de chroniqueur, évitant de suivre trente-six mille personnes à Loered. Cela aurait peut-être permis de synthétiser un peu certains évènements, accélérant le rythme.

L’intrigue n’avance pas énormément, et il m’a manqué un sentiment de finitude

Ne vous attendez pas à une conclusion particulièrement satisfaisante à la fin du Verrou du Fleuve. Apparemment, le tome 2 prévu par Lionel Davoust s’est retrouvé divisé en deux, expliquant peut-être cette impression que finalement, on a pas beaucoup avancé.

Sans spoiler, j’indiquerais seulement que le début est une longue description de l’état de la cité, de la peur de l’assaut et de son attente. Principalement par les yeux de Thormund, ce personnage à mon goût inintéressant. Donc forcément, le premier tiers du bouquin est lent, et a eu un peu de mal avec moi. Parce qu’à côté, Mériane agit, avance, affronte des obstacles, et échoue ou réussit. Il se passe quelque chose, enfin et… nope. De retour aux atermoiements de Thormund. A ces moments, je feuilletais en avance les pages suivantes, pour voir combien de chapitres je devrais subir avant de retrouver ma Mériane chérie (ou d’enfin voir Léopol me régaler – j’avais perdu espoir pour Chunsène).

Ce qui est dommage, car à la fin tout commence à s’accélérer, la tension est à son comble, l’action monte en flèche… et c’est terminé. J’ai donc tourné la dernière page en me demandant « mais… c’est fini déjà ? » alors que le bouquin fait quand même un bon 500 pages. J’espère que le tome suivant apportera la conclusion qui a manqué à mon goût au Verrou du Fleuve.

Pour aller plus loin

Ce principe de la cité impénétrable assiégée vous donnait des frissons ? Légende de David Gemmel ne pourra que vous plaire : une forteresse protégée par six remparts, et assiégée par des millions d’envahisseurs. Un classique épique et efficace.

Comme Loered, vous appréciez quand une ville est un personnage à part entière d’un roman ? Découvrez la cité désertique de Sharakhaï dans Les Douze Rois de Sharakhaï de Bradley P. Beaulieu, et la merveilleuse et étrange Tour de Babel dans Selin Ascends de Josiah Bancroft (non traduit pour ce dernier).

Vous aussi vous avez aimé le côté post-apocalyptique en fantasy ? Il vous faut essayer La cinquième saison de NK Jemisin, un monde régulièrement ravagé par des catastrophes gigantesques. A lire en anglais si possible, mais prenez garde au style un peu difficile.