Les Belles de Dhonielle Claython : l’envers des paillettes (4★)

Les Belles de Dhonielle Claython est une virée folle dans l’horreur de la beauté

« It’s a reminder of why I am here.
I am a Belle.
I control beauty. »

Lecture intéressante, qui accroche malgré soi : Les Belles de Dhonielle Clayton est comme un immense collage de papiers glacés, mannequins découpés et découpés encore, tellement que la beauté sous-jacente en devient une chimère repoussante.

4/5

(★ ★ ★ )

Les Belles de Dhonielle Claython

Une lecture Young Adult classique à première vue

On a bien affaire ici à un livre Young Adult (Jeune Adulte), qui reprend tous les codes du genre. Ainsi, il faut se préparer à une avalanche de tropes : une héroïne adolescente, « exceptionnelle » en ce qu’elle possède ce pouvoir (évidemment extrêmement rare) de modifier le morphologie et l’apparence des autres. En outre, sur ses épaules reposent rapidement de lourdes responsabilités. Elle fréquente les puissants de cette Nouvelle-Orléans revisitée, et on sent bien que dans les livres suivants, le futur de ce monde sera bouleversée grâce à elle (à lire avec une voix dramatique).

A noter tout de même que Dhonielle Claython réussit à utiliser ce personnage cliché de manière relativement fraîche. Car l’ambition est le défaut principal de Camélia, l’héroïne, ce qui permet de s’appuyer justement sur ce classique de l’héroïne exceptionnelle pour en tordre un peu le côté glamour. Donc, cliché, mais pas idiot ou désagréable.

Les personnages ne sortent pas particulièrement de l’ordinaire : Camélia se lit bien, mais je l’ai rapidement oubliée après avoir refermé ce livre. Ses sœurs ou les autres personnages qu’elle rencontrent, s’ils ont tous une personnalité distincte, ne donnent pas une impression de complexité extraordinaire. De même, l’intrigue est correctement ficelée sans être un feu d’artifices de surprises impressionnant. Tout cela va de paire avec le style de l’auteur : j’ai trouvé l’écriture colorée mais sans grande personnalité, un peu trop facile à lire même. Attention : j’ai lu ce livre en anglais, et ne peux donc juger de la traduction française.

Bien que tous ces éléments ne marquent pas l’esprit, l’auteur ne fait aucune faute grossière. A aucun moment je n’ai pas ressenti le besoin d’arrêter ma lecture.

Les Belles repose sur un concept habilement développé et prenant à lire

Malgré une certaine fadeur des personnages et de l’écriture, il me fut impossible d’être insensible à la tension rampante : je ne pouvais m’empêcher de chercher la laideur camouflée derrière les paillettes et la beauté. Il y a cette espèce de promesse implicite que tout ce qui brille va se ternir, que si on attend suffisamment longtemps, le sang et l’horreur jailliront. Et c’est bien le cas : plusieurs choses (personnages, concept, etc), belles et attirantes au début, révèlent lentement leur monstruosité, les unes après les autres. J’ai adoré cette ambiance, qui me laissait continuellement sur le qui-vive.

Mais surtout, pour moi, ce qui fait ressortir ce livre du lot, c’est le concept : les Belles ont le pouvoir de rendre les autres beaux. Dhonielle Clayton illustre intelligemment les dilemmes moraux et éthiques qui en découlent, tout en les laissant toujours en arrière-plan, laissant le lecteur s’interroger lui-même sur les conséquences des actions de l’héroïne. J’ai apprécié l’absence de matraquage direct ou de réponse manichéenne toute faite (ce que j’ai trouvé à l’inverse agaçant dans A Conspiracy of Stars). L’auteure fait confiance à l’intelligence du lecteur, ce qui est suffisamment rare dans les livres Young Adult pour être souligné.

Pour conclure, si j’ai beaucoup apprécié la lecture de ce roman, je ne suis pas convaincue pour la suite. Le concept ayant déjà été exploité dans ce livre, l’attrait de la nouveauté ne sera pas suffisant pour me faire tenir lors de la lecture des tomes suivants… J’espère que d’ici là, Dhonielle Clayton aura renforcé ses personnages et son style.

Les Belles de Dhonielle Clayton
Pin moi !

Pour aller plus loin

Vous avez trouvé intéressant cette histoire d’un monde dont l’importance de la beauté est capitale ? Essayer donc Uglies de Scott Westerfeld, présentant une société où le physique des gens est remodelé dès leur seizième anniversaire, afin de les rendre les plus beaux possibles.

Au contraire de Camélia, Jude, l’héroïne de The Cruel Prince (Holly Black), n’est pas particulièrement belle : mais comme Camélia, son ambition et sa force de caractère l’amèneront plus loin que prévu.

Vous avez adoré détester la princesse que Camélia doit servir ? Apprêtez vous à haïr d’autant plus le prince Royal dans L’Assassin Royal de Robin Hobb.