Medusa Uploaded de Emily Devenport : passionnant mais confus (3★)

Critique de Medusa Uploaded (Emily Devenport) : un personnage principal badass et déterminé, des questionnements moraux intéressants, hélas gâchés par une intrigue pour moi bien confuse

« Behavorists say that killers aren’t born in a vacuum. But I was born on a generation ship. Our journey is between the stars, and as massive as those gravity wells can be, the space between them is vacuum. And I’m not the only killer on this ship.

Let me tell you about some of the others. »

Une critique de Medusa Uploaded est difficile : certaines parties m’ont complétement séduites, alors que d’autre m’ont fait sortir de ma lecture en fronçant les sourcils. En général, j’ai l’impression d’avoir lu un La Justice de l’Ancillaire en moins bien. Car si on a un personnage principal fort se servant d’une technologie badass, l’intrigue de Medusa Upload m’a laissée le cerveau en compote : je n’y ai pas compris grand-chose.

3/5

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Critique Medusa Uploaded Emily Devenport

On a envie de suivre Oichi la téméraire aveuglément, jusqu’au bout de ses dilemmes moraux

Ce que j’ai trouvé réussi dans Medusa Uploaded, c’est bien son personnage principal, et ses dilemmes moraux.

Un personnage complexe et fort

Oichi est courageuse (voire téméraire), pleine de ressources, et possède une bonne dose de confiance en elle. Rien que ce dernier point rend Medusa Upload intéressant : je trouve qu’il est plutôt rare de nos jours de trouver un personnage principal confiant et ambitieux. Pas d’atermoiement sur « oh y arriverais-je ? en suis-je capable ? ». Non. Oichi sait ce qu’elle peut faire, et si elle s’interroge parfois sur la moralité de ses actions, elle n’a jamais peur d’essayer et de se lancer.

J’ai aimé son humour, et le style de la narration. Je suis juste un peu déçue de ne pas avoir eu plus d’informations sur les personnages secondaires. Emily Devenport en introduit continuellement de nouveaux, qui repartent dans l’arrière-plan aussitôt. Dommage, certains me semblaient avoir du potentiel.

Si j’ai mis un peu de temps à me mettre dans le roman, dès qu’Oichi cesse d’être une observatrice et plonge dans l’action, j’ai adoré ma lecture.

Aux positionnements moraux ambigus

On en vient au second point réussi selon moi : finalement, on n’est jamais complètement sûr qu’Oichi soit la gentille. D’ailleurs, elle a l’honnêteté de nous prévenir dès la première page:

Technically I qualify as a serial killer, because I have been killing for many years. I probably also qualify as a mass murderer, because once I killed twenty-six people within a five hour-period.

On commence notre lecture en lui laissant le bénéfice du doute, en se disant que non, tous ces meurtres sont probablement justifiés. Mais tout au long du roman, j’ai toujours un peu flirté avec le doute : ne suivons-nous pas les aventures du méchant de l’histoire, finalement ? J’ai bien aimé cette ambiguïté, agréable.

Hélas, ce sont ces questionnements qui m’ont fait me demander « Mais, en fait, pourquoi font-ils tout ça ? ». Et c’est là qu’on tombe sur ce qui m’a le plus gêné avec Medusa Uploaded

Sauf si j’ai raté un tournant majeur, l’intrigue est au mieux confuse

Ok, j’ai un peu honte de l’avouer, mais voilà… Je crois que je n’ai pas bien compris ce qui s’est passé dans ce bouquin.

Le début même m’a fait plusieurs fois me demander où j’en étais. Emily Devenport mélange les temporalités dans certains chapitres, me faisant parfois relire des passages pour bien comprendre à quel moment de l’intrigue ce dernier se situait. Si ce n’était que ça, bon, je suis peut-être un peu plus lente à la détente, mais je finis par m’y habituer et comprendre ce qui se passe.

Par contre… Je n’ai juste pas compris l’intrigue. Enfin, je veux dire, je sais plus ou moins quel a été l’enchaînement des faits. Mais… Je garde une vague confusion quant aux raisons et motivations de chacun des personnages. C’est l’inverse d’une lecture de Brandon Sanderson, ou à la fin, tout s’emboîte soudainement et parfaitement. Ici, au contraire, plus les révélations s’enchaînaient, plus je me disais « WTF ».

Une utilisation… créative de concepts scientifiques

Honnêtement, je ne suis pas très difficile pour la partie « science » de la science fiction. Vous utilisez des trous de vers pour voyager à plusieurs années-lumières d’ici ? Mais très bien ! Peu m’importe la complexité du raisonnement scientifique derrière (franchement, je ne veux pas lire une thèse). Tant que l’auteur ne part pas dans un total délire, je reste un public facile.

Malgré cette tolérance, j’ai quand même eu du mal avec Medusa Uploaded. Emily Devenport se sert de concepts scientifiques pour expliquer certaines choses… Mais au lieu de clarifier ce qui se passe, ces explications ne font que rendre le tout encore plus confus.

Illustration. Medusa Uploaded parle beaucoup d’ADN. La théorie principale du bouquin, c’est le fait que des « ADN similaires » expliquent comment deux êtres différents peuvent avoir une « interface » commune (interface dans le sens de communication virtuelle). Et là, c’était trop pour moi. Mes maigres connaissances en science me disent que ça n’a rien à voir (mais genre, rien) avec ce qu’est l’ADN. Ou alors, de nouveau, j’ai manqué quelque chose à un moment qui rendrait tout beaucoup plus clair…

Cela a quand même été l’un des points qui m’ont fait sortir de ma lecture à la fin, puisque j’attendais le moment où tout prendrait sens, l’intrigue comme les explications « scientifiques », sans que ce moment n’arrive jamais. Dommage.

Quel lecteur aimera Medusa Uploaded ?

Medusa Uploaded séduira les lecteurs qui aiment les personnages forts, et les technologies badass. Tout intérêt pour d’immenses vaisseaux spatiaux sera récompensé. Par contre, le lecteur qui attache de l’importance à la clarté d’une intrigue et à la solidité de la science pourrait être déçu.

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Pour aller plus loin : lectures similaires à Medusa Uploaded

Pour ceux qui ont apprécié le mélange entre les pensées « humaines » et l’interface digne d’un ordinateur d’Oichi, essayez carrément La Justice de l’Ancillaire. Le personnage principal est une intelligence artificielle, qui se pose en outre elle aussi quelques questionnements moraux.

Si c’est le côté huis-clos dans un vaisseau spatial qui vous a intéressé, peut-être que Six Wake de Mur Lafferty pourra vous séduire. Six astronautes se réveillent dans un vaisseau spatial, dans le corps de leur clone et sans aucun souvenir récent, devinant simplement qu’ils viennent d’avoir été tués… Mais par qui ? Un bon côté page-turner, bien que le livre ne révolutionne pas le genre (exact même concept en série télé : Dark Matter).

Dans le genre intrigue politique et soif de revanche, The Traitor Baru Cormorant a l’air d’avoir les mêmes piliers que Medusa Uploaded. À essayer !