Tess of the Road de Rachel Hartman, un peu lent (3★)

Dans Tess of the Road, Rachel Hartman nous fait assister à la belle maturation d’une jeune héroïne, sans réussir à créer une intrigue convaincante

« Later, alone in her closet, Tess polished off the plum brandy. She awoke with a terrible headache and a festering sullenness. Still, she hauled up her own smile, like a leaky bucket from the deths of a stagnant well, and dressed Jeanne with every ounce of cheer she could muster. »

Tess of the Road est un livre qui a les défauts de ses qualités. L’histoire est centrée sur l’évolution de Tess, le personnage principal, et uniquement cela. C’est à dire que tout le reste est secondaire, et ne sert que de décor ou faire-valoir aux évolutions internes de Tess.

Ainsi, ne vous attendez pas à un monde immersif et génial, ni à une intrigue de folie…

Rachel Hartman a réussi à retranscrire la complexité du personnage principal et à traiter les thèmes du roman de manière pertinente. Toutefois, j’ai quand même eu du mal à terminer le livre. En effet, je n’ai pas totalement accroché à la personnalité de Tess, et j’ai mis pas mal de temps à accepter l’absence de véritable intrigue… Mais Tess of the Road présente des qualités réelles à ne pas ignorer.

3/5

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Tess of the Road de Rachel Hartman
(Le livre n’étant pas encore sorti en français, lancez-vous dans la lecture en anglais à l’aide de cet article.)

Une histoire basée sur l’évolution d’un personnage principal complexe et bien dépeint

Tess of the Road est, comme son nom l’indique, l’histoire de Tess. C’est tout.

Enfin, j’exagère peut-être un peu, mais c’est bien ça l’essence de ce livre : nous suivons l’évolution et la prise en maturité d’une héroïne, qui combat et vainc ses démons intérieurs.

De ce fait, Rachel Hartman décrit avec subtilité et profondeur la psychologie de son héroïne. Il est peu dire que Tess commence mal, traînant des boulets d’auto-flagellation et d’auto-sabotage. Nous sommes face à un personnage complexe, qui présente des défauts et des qualités tous inter-mêlés de manière réaliste. Drôle, créative et chaotique, Tess cache des blessures profondes ayant miné sa confiance en elle et son enthousiasme. Rachel Hartman va dépeindre son chemin vers la guérison, et ça marche.

Attention, je ne veux pas dire que les personnages secondaires passent à l’arrière plan. Eux aussi sont fouillés et réalistes, présentant, malgré parfois leurs apparitions succinctes, une profondeur bien réalisée. Par contre, les personnages secondaire ne sont là qu’en tant que miroir de Tess. Rachel Hartman les fait apparaître aux moments opportuns pour souligner ou renforcer une évolution ou un apprentissage du personnage principal. Par exemple : Tess est heureuse et voit le monde à travers des lunettes roses ? Elle rencontre un violeur en série. Ainsi, se dégage parfois un côté artificiel ou deus ex machina un peu gênant.

Oui, Tess est un personnage bien construit et intéressant. Mon problème a été que, de manière purement subjective, elle m’a quand même pas mal agacée. Sa tendance à se tirer des balles dans les pieds est particulièrement frustrante… Car en plus de faire face à de vrais obstacles, Tess s’en créé de supplémentaires par son attitude auto-destructrice. Évidemment, ce qui est intéressant c’est justement de la voir évoluer et maturer par rapport à cette situation de départ. Mais voilà, au fond, j’ai juste du mal avec les héros qui font pitié.

Tout ce qui n’est pas Tess est secondaire et parfois superficiel

On arrive ici au défaut principal du livre, conséquence finalement de sa nature. Le sujet, c’est Tess. Donc l’intrigue est secondaire. Voire même, inexistante. Et c’est ce qui m’a surpris en négatif. En effet, je savais que le livre serait lent. Par contre, je ne m’attendais pas à une absence totale d’intrigue.

Enfin, on a bien un évènement perturbateur, Tess fuguant pour partir sur la route. Par contre, je trouve que le fil conducteur choisi postérieurement à ce moment n’a pas la force unificatrice suffisante pour rendre l’ensemble passionnant. En fait, certains évènements étaient même un peu fake, puisque, on en revient aux éléments plus haut : tout advient dans le cadre des évolutions de Tess, et uniquement dans ce cadre. Peu m’importait finalement la quête principal, je n’en voyais pas l’intérêt.

De même, l’univers créé par Rachel Hartman n’est qu’une excuse pour servir de contexte aux problèmes de Tess, et lui donner un cadre pour les affronter. De ce fait, le monde manque parfois un peu de vie et de profondeur à mon goût. Certes nous sommes dans un roman de fantasy avec des dragons et des races lézaroïdes, mais finalement, tout aurait pu se passer dans une histoire contemporaine, ou un roman historique.

En fait, il m’a fallut comprendre que ce n’était pas vraiment un livre de fantasy au sens classique du terme, mais vraiment un livre sur un personnage (c’est notamment cette critique qui m’a aidé à y voir plus clair). Seulement alors ai-je arrêté d’être agacée par les défauts de ce livre.

Des thématiques traitées de manière intéressantes par Rachel Hartman, qui relèvent à la fin le niveau du roman

J’ai failli abandonner Tess of the Road, pour toutes les raisons précédentes, mais c’est un des rares livres pour lequel je suis contente d’avoir persévéré. Certains éléments sans intérêt ou cliché du début se sont révélés bien plus intéressants à la fin de ma lecture.

C’est surtout le cas du thème en filigrane sur le féminisme. Au début, les problèmes auxquels fait face Tess, du fait notamment de sa condition de femme, sont un peu clichés. Rien de nouveau. Pourtant, au fur et à mesure que les secrets de Tess se dévoilent, et que ses interactions avec les personnages secondaires évoluent, les interrogations du roman se complexifient. Et finalement, j’ai trouvé Tess of the Road pertinent (à comparer même à certains classiques de la littérature française – que ceux qui ont lu le livre me demandent pour ne pas spoiler).

De même, les thèmes de la maternité et des relations parents/enfants se bonifient avec l’avancement du roman, et, de même, les interactions avec certains personnages principaux.

D’un début très moyen, on conclut avec un tout intéressant et qui pose des questions à mon sens pertinentes.

Quel lecteur appréciera Tess of the Road ?

Si vous appréciez les livres centrés sur l’évolution d’un personnage, et que vous aimeriez essayer un roman un peu plus introspectif et changeant des intrigues clichées de fantasy, Tess of the Road est fait pour vous.
Si en plus les thématiques liées au féminisme et aux relations parents/enfants vous intéressent, foncez.

Tess of the Road Rachel Hartman
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Pour aller plus loin : livres similaires à Tess of the road

Tout d’abord, de manière évidente, si le style et le fonctionnement de Tess of the Road vous a plu, il vous faut essayer les autres livres de Rachel Hartman. Seraphina se passe dans le même univers, et l’héroïne se trouve être la grande sœur de Tess. J’ai cru comprendre en lisant des critiques de ce roman que l’intrigue est, de même… contemplative.

Pour voir l’évolution d’un personnage qui part de loin, essayez Senlin ascends de Josiah Bancroft. Un instituteur à la vie bien rangée va devoir se transformer en héros pour sauver sa femme. C’est pas gagné… Dans le même genre, mais pour un livre centré plutôt sur un personnage féminin, je pense à Mara, Fille de l’empire. De jeune fille prête à se retirer dans un couvent, elle grimpe les échelons politiques, et, malgré son statut de femme, devient à craindre.

Enfin, si vous aviez sélectionné ce livre pour voir des dragons… Vous pouvez essayer Dragon Blood d’Anthony Ryan, critiqué sur ce blog (je n’en fus pas fan, j’avoue). Aussi, plusieurs classiques vous tendent les bras : Robin Hobb et ses livres sur la Cité des Anciens ou encore la merveilleuse série des Dragons de Pern de Anne McCaffrey.