The Poppy War de R.F. Kuang : une lecture dure et intelligente (4★)

Critique de The Poppy War : un début très ado, qui se transforme en fantasy bien plus sombre et mature, avec une héroïne prête à tout pour réussir, pour le meilleur et pour le pire

« Don’t be silly. I am not a god, » he said. « I am a mortal who has woken up, and there is power in awareness. »

The Poppy War offre beaucoup plus que promis. Prenez garde : la lecture se révèle bien plus sombre que ce que les premières épreuves de Rin font croire. Âmes sensibles s’abstenir (sérieusement).

4/5

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(The Poppy War n’est sorti qu’en anglais pour l’instant : pour des conseils pour commencer à lire en anglais, voir cet article)

Le début de The Poppy War nous recycle quelques clichés, qui se transforment ensuite en voyage très sombre mais épique

J’ai adoré cette montée en puissance de The Poppy War. Après un premier tiers très différent du reste, un peu gamin presque, on assiste à une descente brusque dans de la Fantasy plus mature et sombre, et réussie.

Le premier acte, court, récapitule les clichés du genre, tout en restant agréable à lire et prenant

Dans les premières pages, Rin, une provinciale orpheline de guerre, réussi un examen national, la propulsant dans la meilleure école militaire du pays. R.F. Kuang nous écrit un premier acte entièrement dans les tropes du genre. Rin rencontre en effet la panoplie parfaite de la fiction américaine. Nous voilà donc avec le rival beau mais méchant ainsi que la rivale pimbêche (le footballer et la pompom girl), le meilleur ami nerdy et surtout, le mystérieux garçon plus âgé, très beau et super fort…

Malgré cela, la lecture reste facile, rendue prenante par l’attachement et la sympathie que le lecteur ressent pour Rin et ses épreuves. Par contre, j’avoue à ce moment m’être demandée pourquoi tout le monde semblait se pâmer devant The Poppy War. Car bon, ça ne cassait pas trois pattes à un canard…

Mais le second acte présente une histoire bien plus mature

C’est là que la suite prend de la profondeur.

La magie d’abord, est apportée par petite touche. Semblant merveilleuse et mystérieuse dans le premier acte, elle se teinte d’une face bien plus obscure par la suite. Car dans The Poppy War, le pouvoir à un coût, et il fait mal. C’est vraiment le thème principal du livre, et j’ai apprécié la manière dont on le retrouvait dans tous les arcs de l’intrigue.

De même, tous les clichés du premier acte prennent de la profondeur, se renversent même parfois carrément. On a vraiment l’impression de grandir avec Rin. C’est comme si au début, elle était une ado avec des préoccupations d’ado. Puis brusquement, elle grandit dans le second tome, et tout son univers avec elle. Il y a vraiment une opposition entre ces deux parties, qui est réussie en ce qu’elle symbolise la maturation de Rin.

La seconde partie de The Poppy War est parfois dure, à peut-être ne pas lire de manière fragmentée

Attention : le lecteur n’est pas épargnée. Certains passages sont très durs, et je dis ça sans être une lectrice particulièrement sensible. Je mangeais en lisant à un moment, et j’ai sérieusement dû m’arrêter, tellement j’étais devenue physiquement dégoûtée par ma lecture. Je ne vous raconte pas non plus les trajets en métro en ayant la nausée après certaines pages…

Tout de même, je n’ai pas trouvé ces passages gratuits ou graphiques inutilement. On est dans l’horreur de la Guerre : c’est ça, le sujet du bouquin, et Kuang décrit tout ça horriblement bien. Car oui, la guerre, c’est dur, c’est barbare, c’est inhumain (trop humain ?). Et c’est ce qui va façonner Rin et les personnages autour d’elle, pour le meilleur et le pire.

Ma seule deception, c’est d’avoir lu The Poppy War de manière interrompue, 15 minutes par-ci, 15 minutes par-là. Ca a coupé mon immersion à certains moments, quand l’intensité émotionnelle (dégoût, peur ou tension) était nécessaire à l’appréciation des scènes qui suivaient. Kuang utilise beaucoup l’émotion comme médium pour parler des différents thèmes de The Poppy War, alors je conseille de lire le livre de manière moins fragmentée que moi.

L’écriture présente quelques défauts, probablement liés à l’inexpérience de Kuang

Kuang mêle des passages subtiles, dont on peut extraire des analyses profondes… avec quelques paragraphes bien plus grossiers. On passe ainsi parfois de descriptions très dures à des phrases qui n’auraient pas détonnées dans une comédie romantique américaine. Si cela permet souvent d’illustrer la transformation de Rin l’ado en soldat, j’ai trouvé que c’était à d’autres moments un peu maladroit.

De même, si justement certains thèmes sont mêlés à l’intrigue de manière subtile tout au long the The Poppy War… Ils font parfois l’objet de dialogues un peu grossiers, dont l’intention est clairement d’expliquer au lecteur ce qu’il n’aurait pas perçu. J’ai trouvé ça parfois un peu too much.

Enfin, s’agissant de l’intrigue, le lecteur devine certaines grosses surprises bien avant les personnages. C’était au point où lorsque Rin s’exclame « oh mais oui, c’était donc ça ! », j’étais étonnée, pensant que tout le monde était arrivé à cette conclusion plusieurs dizaines de chapitres plus tôt.

Attention : rien de tout cela n’a diminué mon plaisir de lecture. Je suis totalement partante pour lire la suite, car j’ai hâte de voir l’évolution du personnage de Rin. Et je fais complètement confiance à l’auteur pour corriger ces quelques défauts mineurs.

Pour quel lecteur est The Poppy War ?

The Poppy War cherchera un lecteur qui va se donner corps et âme, qui suivra un personnage principal complexe et déterminé jusqu’au bout de l’horreur. Si vous aimez les thèmes sombres en fantasy et les questionnements sur le pouvoir et son coût, ce livre est fait pour vous. Attention : un début un peu cliché ne devra pas vous faire peur, et surtout, âmes sensibles s’abstenir…

Critique The Poppy War Kuang

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Pour aller plus loin : lectures similaires à The Poppy War

Pour une lecture à visée plutôt Young Adult, facile à lire, et aux thématiques beaucoup plus sombres que prévues… C’est carrément Hunger Games qui ressemble à The Poppy War. J’y ai trouvé cette même description des horreurs de la guerre, ce même entraînement du lecteur un peu innocent vers des thèmes bien plus matures que ce que le début laissait penser.

Vous avez apprécié la tenacité et la détermination de Rin, son ambition ? Vous ne pourrez pas ne pas aimer Tau, dans The Rage of Dragons (lire la critique dédiée). Comme Rin, il est d’origine modeste, et tout lui indique qu’il n’est pas censé réussir. Comme elle, il va tout faire pour faire mentir les probabilités. En similarité moins évidente, et dans un registre différent, j’ai vraiment accroché à Jude dans The Cruel Prince. Elle aussi, comme Run, veut réussir dans une société où elle part clairement avec une longueur de retard : elle n’est qu’une humaine faillible dans le monde cruel des Fées.

En tout cas, si après cette lecture, l’humanité vous dégoûte et vous voulez un livre dans le même ton, je ne peux que vous conseiller La Route de Cormac McCarthy. Ambiance plutôt post-apocalyptique par contre.