Warbreaker de Brandon Sanderson : plaisant et sympathique (4★)

Warbreaker se lit agréablement et offre un univers séduisant et une intrigue bien construite, bien que l’écriture présente quelques faiblesses

« Les couleurs de la pièce d’intensifièrent. Elles ne se firent pas plus vives – pas comme l’uniforme du garde lorsqu’il s’était approché de Vasher. Elles devinrent plus fortes. Plus sombres. Les rouges devinrent bordeaux. Les jaunes se durcirent jusqu’à la teinte de l’or. Les bleus tendirent vers le marine. »

Une lecture vraiment sympathique, qui accroche jusqu’à la fin. Warbreaker bénéficie en effet des qualités de Brandon Sanderson : un système de magie intéressant, un univers imaginatif et une intrigue tordue et réussie. Par contre, le roman présente aussi les défaut typiques de l’auteur, principalement liés à son style simple parfois un peu faiblard.  Bien que j’ai apprécié Warbreaker, ce stand-alone n’a pas le niveau des séries principales de Brandon Sanderson que sont Fils-des-Brumes et surtout La Voie des Rois.

Mais si vous avez un long trajet en avion ou en train, Warbreaker est une lecture parfaite et agréable.

4/5

(★ ★ ★ )

Warbreaker de Brandon Sanderson

Warbreaker présente un univers sympathique avec des personnages attachants

On ne va pas se mentir :  Warbreaker est une lecture facile à terminer, à l’univers charmant. On est immergés dans un monde où les couleurs ont une grande importance, étant notamment liées au système de magie (la magie des Souffles). Les deux personnages principaux (les soeurs Vivenna et Siri) viennent d’un royaume où les couleurs ternes sont la norme, et, à l’inverse se retrouvent propulsées dans cette espèce de théocratie où tout est vif et coloré, et la magie florissante. Technique classique pour nous permettre de découvrir avec elles cette autre culture, et ça marche. Le côté encore plus intéressant étant le fait que si l’une s’adapte rapidement et adore ces différences, l’autre est complètement horrifiée. Notre découverte du monde ne manque pas parfois d’un petit côté comique !

Encore mieux, ces sœurs et le troisième personnage principal, un Dieu flemmard et fantasque, sont tous les trois très sympathiques. On prend rapidement parti pour eux et on a envie de savoir ce qui va leur arriver.

Évidemment, la question suivante c’est : comment était la magie ? Car oui, on parle de Brandon Sanderson ; ses systèmes de magie sont renommés. Ici, la magie des Souffles est effectivement intéressante : chaque individu possède un souffle. En récupérer plus permet d’accéder à des pouvoirs, et notamment celui de donner vie temporairement à des objets inanimés. Cela donne de belles descriptions et des combats originaux.

Par contre, si le plaisir de lecture était là, ce système magique manque de l’impression de complétude que procure l’allomancie de Fils-des-Brumes, ou du côté épique de la magie de La Voie des Rois. Donc ne vous attendez pas à être complètement emportés, bien que l’ensemble reste sympathique à lire.

Une intrigue bien construite, recelant quelques surprises aux lecteurs naïfs comme moi

Peut-on s’attendre à autre chose de la part de Brandon Sanderson ? C’est le maître des intrigues complexes mais simples en même temps, des personnages aux motivations bien plus obscures que d’apparence, aux traîtrises inattendues. Sans spoiler, alors que je pensais avoir bien compris l’équilibre des forces en place, j’ai été bien surprise par un soudain retournement de situation à un moment. C’est sûr que ça a réveillé mon attention !

Et c’est ce que j’adore chez Brandon Sanderson : à chaque fois ces retournements de situation sont logiques et auraient pu être prédits. J’ai pu m’exclamer le classique : « ah mais oui SUIS-JE BÊTE C’ÉTAIT ÉVIDENT !« . D’un coup, tous les éléments un peu bizarres – qu’on ne relève pas forcément car il y a énormément d’information à gérer – s’emboîtent. C’est parfois assez grisant. Après, ok, je suis une lectrice facile à berner (et bon public). Mais c’est quand même une force de l’auteur, et il me régale toujours à ce propos dans ses bouquins.

Un style un peu simpliste – faiblesse typique de Brandon Sanderson

Le style est simple et va droit au but. D’un côté, heureusement : sinon ses bouquins feraient deux fois plus de pages. Cependant, les dialogues manquent parfois un peu de vie, les rendant un peu factices par moments. Ce n’est pas non plus bloquant, car à l’inverse, d’autres étaient succulents et drôles (je pense à certaines interactions de Chanteflamme).

L’autre défaut de ce style direct, c’est qu’il ne créait pas une atmosphère suffisante à mon goût. Alors oui, comme je l’ai dit plus haut : le monde est sympathique, les personnages intéressants, le système de magie agréable. Mais il manquait ce petit plus qui donne l’impression d’être complètement immergé dans un ailleurs (ce qui par exemple est brillamment fait dans La cinquième saison de N. K. Jemisin).

Ce problème est quasiment résolu dans ses livres plus récents : je pense notamment à Oathbreaker qui m’a complètement retournée dans certaines scènes.

Un dernier bémol s’agissant de l’écriture, lié à la traduction française. On se retrouve parfois avec des personnages censés bien se connaître qui se vouvoient alors que j’aurais attendu un tutoiement à ces moments. En fait, c’est bien simple : 99% des dialogues utilisent le vouvoiement… Cela m’a fait un peu sortir du bouquin à la fin.

Pour aller plus loin : conseils de lecture

Vous en avez marre quand dans un roman, les relations entre personnages reposent principalement sur des romances ou des troupes militaires ? Warbreaker vous a plu car pour une fois on se concentre sur une fratrie ?

  • Essayez donc ce classique qu’est Les neuf Princes d’Ambre de Robert Zelazny. Prenez garde : cette fratrie est loin de disposer d’autant de bienveillance que Vivenna et Siri…
  • En plus récent, la série de Brian Staveley (qui commence avec The Emperor’s Blades) suit les trois enfants de l’Empereur après sa mort. L’univers présente une théologie originale, ainsi que certains côtés très sombres… Un de mes coups de cœur de ces dernières années. La série ne semble pas avoir été encore traduite, donc peut-être est-ce l’occasion de vous lancer dans la lecture en anglais ?
  • Dans la même veine avec les mêmes prémisses (les quatre enfants du Roi doivent se débrouiller après sa mort), mais en français, vous pouvez essayer Acacia de David Anthony Durham. Un premier tome prenant, mais je dois vous avouer ici que la suite ne m’avait pas du tout convaincue.

Le fait que ce soit un Stand-Alone vous a bien plu, ce qui rend particulièrement bien avec les intrigues jouissives de Brandon Sanderson. Essayez donc Elantris, un autre livre qui ne fait pas partie d’une série, écrit par ce même auteur. De la même manière, c’est une lecture sympathique, réussie et sans prise de tête.

Allez, soyez honnête : Saignenuit, l’épée à voix d’enfant ultra dangereuse, vous fait kiffer. Allez donc jeter un œil à la trilogie des Avatars de la collection des Royaumes oubliés dont Valombre est le tome 1 : vous aurez l’occasion de faire connaissance avec une autre épée dont il faut se méfier…